Dans la tête de Mustapha Bulut


Dans la tête de Mustapha Bulut.

 

Bir Bulut Olsam 2009

Ulas Inan Inaç

 

Engin portrait 3

 

Vu pendant le mois d’Avril 2020.

 

Bien sûr ce n’est qu’un film, bien sûr, Engin Akyürek incarne un personnage fictif, et pourtant on a le sentiment étrange d’être dans cette histoire, dans la tête de Mustapha Bulut.

 

L’histoire est d’abord un plaidoyer pour la cause des femmes dans la société Turque avec Narin (Melisa Sözen) comme porte drapeau et toutes celles qui gravitent autour d’elles, chacune incarnant une facette de la soumission dans une société patriarcale sans pitié et qui semble venir d’un autre âge. 

Narin est l'un des  fils conducteur de cette histoire, on assiste à sa lente transformation. De femme soumise et apeurée, elle deviendra libre, presque une amazone, à la fin de la série. 


Les deux hommes qui l'entourent dans cette histoire sont en totale opposition. Serdar (Engin Altan Düzyatan ), un médecin venant de la ville,  généreux, un coeur simple, les pieds sur terre, chantre des causes humanitaires, il risque sa vie sur les champs de mines et aime Narin. Un personnage sympathique, sobre, son destin nous touche, le mari parfait.  Et puis il y a Mustapha. Issu d'un mariage dissonant, il habite la campagne traditionnelle de la Turquie, où les hommes font la loi. Les femmes asservies à leur bon vouloir, sont cantonnées à leur rôle de mère ou d'épouse . Mustapha semble donc un pur produit de cette culture patriarcale, souvent violente,

 

Et pourtant. Celui qui flamboie, qui tient tout le film, c’est bien Mustafa Bulut, magistralement interprété par Engin Akyürek. Ayant vu la filmographie  de l'acteur à l’envers, ce qui me frappe, c’est que son personnage de Mustapha, contient déjà des fragments de tous ses rôles futurs : la douceur de Kerim ( Fatmagül) la détermination d’Ömer ( KPA), l’anxiété de Daghan ( Olene Kadar),  les fureurs de Sancarefe ( Sefirin Kizi). Mustapha, contrairement à ses autres personnages, est à priori un anti héro, violent, brutal, imprévisible, il place le spectateur en déséquilibre, on veut l’aimer mais on n’aime pas ce qu’il dit ou fait. Toute la série est construite sur cette ambiguité, ce décalage entre ce que Mustapha fait ( négatif ) et ce qu’il ressent ( il nous brise le coeur). Un instant brutal avec Narin dont il est fou amoureux, la seconde d’après, on voit dans ses yeux des larmes invisibles, des tourments, des tendresses.

 

En réalité, ce film est le portrait d’un homme tourmenté dont la complexité intérieure est justement visible, à fleur de peau, sur le visage de l’acteur. Il semble incarner le pire chez un homme dans ses actes et pourtant notre coeur saigne pour Mustapha, sa douleur, les pensées sombres qui l’habitent, les nuages noirs qui passent sur son front, la fièvre qui le tient, cet amour sans issue, son aveuglement  et ses doutes, son coeur palpitant. Dès la fin du premier épisode nous sommes pris dans ses filets, cet homme à priori détestable, nous touche en plein coeur. Il nous parle, nous tourmente et finalement nous succombons avec lui, notre souffle suspendu au sien, sa détresse est la nôtre et son amour sans espoir nous torture. Engin Akyürek incarne avec cette émouvante sensibilité qui le caractérise, ce qui flanche, palpite, surgit, vacille, brûle, explose, dérive, dans la tête et le coeur de Mustapha Bulut. 

 

Et donc ce film social, portrait de société passionnant, est surtout le portrait intérieur d’un homme en proie à un impossible amour, son aveuglement, son coeur tendre et meurtri, sa capitulation et enfin sa rédemption finale, lorsqu’il choisit la vie, la lumière et la bonté, marchant ainsi dans les traces de Serdar.

 

©cathiehubert portrait 3 Engin Akyürek.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Pinokyo by Engin Akyürek pour le magazine Kafasina Göre/ Traduction de Cathie Hubert

Engin Akyürek une danse à deux temps