Pinokyo by Engin Akyürek pour le magazine Kafasina Göre/ Traduction de Cathie Hubert
"Pinokyo Olsam"
Engin Akyürek
Traduction en Français par Cathie Hubert ( professeur artiste auteur)
Les mensonges de mon enfance sentaient le bois brûlé.
Le professeur devant le tableau noir demanda d’un ton entendu……” Quelqu’un veut il bien me dire quels sont vos personnages de contes de fées préférés?”
C’était une question bien délicate et pas du tout dans le programme. J’ai levé la main le premier comme si j’avais attendu ce moment depuis le début de mes trois années d’école. Cette question était si merveilleuse…
“Maître…”
Ma grande taille et mon index pointé firent réagir toute la classe. L’un après l’autre, tous les garçons levèrent la main essayant de se faire remarquer en parlant plus fort que moi.
“ Monsieur, monsieur…”
Le professeur aperçu ma main levée au dessus des autres.
“ Voyons”
“ Hum, Pinocchio”
Alors que je reprenais ma respiration avant de continuer ma phrase, toute la classe éclata de rire. Comme j’allais raconter pourquoi j’aimais Pinocchio, les rires augmentèrent comme une boule de neige, enfouissant sous leur avalanche, les mots qui sortaient de ma bouche. Le professeur s’approcha de moi au milieu des rires, et fixa son regard non pas sur mes yeux mais sur mon nez:
“Peux tu me dire pourquoi tu l’aimes?”
Tandis que le prof s’approchait de moi, au milieu des rires , le silence se fit.
“ Taisez vous, voyons voir”
Le ton bougon du prof fit son effet. Les rires et les postillons suspendus dans l’air un moment se turent, attendant ma réponse.
“ Très bien alors je vous donne des devoirs”
Oh la la qui aime les devoirs.
“ Vous allez décrire une journée de votre personnage préféré qui n’est pas dans le livre”
Je plaçais ostensiblement mon corps sur le rebord de ma chaise. Oubliant leurs rires, les garçons se regardèrent, se demandant ce qu’ils allaient écrire. Il y eu un frémissement de joie dans mon âme.
J’aimais beaucoup Pinocchio, mais écrire à son propos avec les mots qui me venaient et les lire à ces garcons, était difficile pour moi. Il est sans doute possible que le temps ait effacé un peu l’effet de l’admiration que j’avais pour lui, mais les ennuis que Pinocchio partage avec nous sont éternels. Pinocchio est bien plus humain et réel que les personnages qui parlent fort et sont vertueux. Avec son grand nez il pointait du doigt l’endroit parfait du mensonge.
Nous avions une semaine pour faire ce travail mais je ne savais absolument pas ce que j’allais raconter. Chaque nuit à mon bureau, j’essayais de griffonner quelques mots, mais ma page restait blanche. Si écrire est un acte, alors être écrivain c’est ressentir cet acte dans son âme. C’est très compliqué d’être un auteur lorsqu’on est seul avec les mots. Il n'est pas rare de se perdre dans le labyrinthe de la pensée, des pensées que l’on ne soupçonnaient pas en soi et c’est alors que l’écriture commence…
Bien sûr, à cet âge, avec mon crayon et ma gomme dans la main, je ne pensais pas à ces choses là, mais je me souviens avoir été jaloux de ceux qui écrivaient à cette époque. J’imaginais facilement une journée de la vie de Pinocchio qui n'avait pas été écrite, mais coucher cette idée sur le papier était très difficile pour moi.
En fermant les yeux, je pouvais voir le Pinocchio de mon imagination dans la classe, je pouvais le faire parler. Si seulement il existait une machine à enregistrer toutes les images qu’il y avait dans ma tête…
Dans la classe tout le monde se regardait en cachant sa feuille et son histoire. Comme c’est moi qui avait mentionné Pinocchio, j’étais découragé. En attendant de rendre le devoir j’ai commencé à imaginer un spectacle de marionnettes.
Chaque jour, le professeur nous donnait le sujet des devoirs, nous disait ce qu’il écrivait au tableau et ce que nous devions écrire. “ Votre travail ne peut être ni bon ni mauvais. Alors n’ayez pas peur d’écrire. S’il vous plait choisissez les phrases avec soin, écrivez selon les règles de la prose…”
Je voyais les auteurs se regardant mettre un point final à leur histoire. Quand j’ai considéré ma page blanche j’ai senti un vide en moi. C’était le dernier jour, j’avais déjà perdu tout espoir puisque je n’avais pas écrit un seul mot. Les garçons, debout devant le tableau, allaient lire leur histoire, en reniflant. Mon âme se serrait à l’idée qu’ils allaient se moquer parce que je n’avais rien écrit. J’aurais pu plagier un peu, en empruntant des parties du livre qui était devant moi, mais tout le monde avait lu le livre et ce n’était pas possible. Même si les garçons ne s’en rendaient pas compte, le professeur lui le verrait immédiatement.
Alors que je me noyais de chagrin devant ma page blanche à l’idée de ce qui allait se passer, une phrase soudain ne se contenta pas juste de passer dans mon esprit mais elle alla se fixer sur la pointe de mon crayon. Le résultat sûrement de l’écho de la voix des garçons dans ma tête la nuit d’avant.
Si j’étais Pinocchio….
Quand je me suis réveillé le matin suivant, j’ai vu que tout avait changé. Mes mains étaient plus lourdes qu’elles n’avaient jamais été, Ma tête plus trop grande pour moi. Je ne savais pas que mes pieds étaient si durs et solides. Le lundi je n’avais jamais envie d’aller à l‘école. Mon corps me semblait toujours si lourd. Tandis que je me lavais le visage, une odeur de bois humide se répandit. Regardant dans le miroir, je vis que rien n’avait changé. Même mon style de cheveux d’ado n’avait pas changé- des mèches partant dans tous les sens. Le miroir mentait il ou mes mains et mes pieds me jouaient ils des tours...?
C’était comme si je commençais à sentir des changements dans mon corps et mon âme. Dans un mélange d’excitation et de peur, je construisis une phrase. Je dis, “ oh tout va bien”. Mon nez commença à s’allonger immédiatement.. J’essayai de le couper mais en vain . Je commençais à pleurer…
Je n’entendais jamais les bruits que faisait ma mère en préparant le petit déjeuner, dans la cuisine. Et là le son des fourchettes et couteaux faisaient comme un écho dans ma tête. J’allai dans la cuisine pour montrer mon nez à ma mère. Elle me regarda et dit:”Vas vite à l’école, tu vas être en retard” Je me suis rapprochée de ma mère pour lui montrer mon nez. Elle me regarda :” Que se passe t il tu ne veux encore pas aller à l’école?” Je courus dans la salle de bain. Comment se fait il que ma mère ne voit pas ce qu'il m’arrive. Dans le miroir je vis que mon nez s’était encore allongé. Le nez que je voyais et que ma mère ne voyait pas…
Mes yeux brillaient dans le miroir. J’ai essayé de m’approcher le plus près possible du miroir, autant que mon nez me le permettait. Mes yeux brillant me donnèrent l’explication. J’était devenu Pinocchio pas dans mon corps mais dans mon âme…
J’ai écrit mon histoire, remplissant 10 pages. Dans mon récit, il y avait les choses de ma vie. J’ai réussi à écrire qui j’aimais vraiment, qui je détestais et j’ai laissé mon nez s’allonger. Je me disais, quand je lirai dans la classe, peut être cela ne leur plaira pas.
Le jour suivant, un des petits garçons qui était près du tableau commença à lire son histoire. Ce que j’entendis n’étaient que des phrases anodines, se contentant de louer les personnages fictionnels des contes de fées. Lorsque ce fut mon tour, les 10 pages de mon histoire surgirent de mon sac et commencèrent à parler dans mon coeur. Dans un battement de coeur, j’entendis la voix du professeur:
“ Et bien Pinocchio à ton tour”
Le professeur m’invita au tableau. Tandis que les 10 pages de mon histoire repassaient dans mon âme, je ne pus que dire “ Maître, je n’ai pas pu écrire”
“Mais tu étais le premier à lever la main?”
Alors que le professeur parlait en haussant les sourcils, je regardai mon nez: Avait il allongé? Mon nez n’avait pas grandi mais mes joues et mon visage étaient écarlates. Laissez moi être Pinocchio dans mon âme, mais je ne suis qu’un humain…

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